16e Concept      SE CONCENTRER SUR VOTRE ZONE D’INFLUENCE

Nous voici au cœur du sujet. Je ne sais pas pourquoi vous voulez créer un rejoindre un écolieu. Ce que je sais par contre, c’est qu’il y a un risque que vous vous laissiez submerger par la peur que tout va s’effondrer. En tirant le fil des dysfonctionnements nombreux de notre société, nous atteignons chacun forcément notre niveau maximum d’incompétence et d’impuissance.

Quand la source de notre stress est connaissable (ex. : réchauffement climatique, dérives financières…) et que nous ne nous sentons pas cause sur ces sujets, nous ressentons une anxiété qui nous vide de notre énergie. Nous cherchons alors, même violemment, à nous libérer de cette tension insupportable.

C’est plus compliqué quand nous craignons quelque chose d’indéfinissable que nous n’arrivons pas à nous représenter (ex. : complot d’un groupe caché, conséquence d’une substance chimique…). Dans ce cas, ce n’est pas de l’anxiété, mais de l’angoisse qui va se développer en nous. Et l’angoisse est très, très compliquée à dépasser puisque justement nous n’avons aucune représentation qui peut guider nos actions de changement.

Que ce soit l’anxiété ou l’angoisse, quand ce stress devient permanent et démesuré, vous consommez une énergie folle.

Or vous ne disposez pour votre journée que d’une quantité limitée d’énergie vitale. Elle est suffisante pour intervenir sur votre zone d’influence limitée, c’est-à-dire dans votre milieu immédiat, là où vous pouvez être cause, là où vous pouvez apprécier le résultat de vos actions ici et maintenant.

Si vous l’utilisez dans votre zone infinie de préoccupation, c’est-à-dire dans le monde des idées qui vous font peur et sur lesquelles vous n’êtes pas la cause, non seulement vous n’apporterez pas de solution concrète à vos préoccupations multiples, mais en plus vous épuiserez votre énergie vitale pour changer votre zone d’influence qui se réduira de plus en plus au profit de votre zone de préoccupation qui elle grandira sans limites jusqu’à l’épuisement, entraînant les autres avec vous dans la dépression.

Récupérez cette énergie vitale de votre zone de préoccupation. Investissez-la ensuite dans votre zone d’influence jusqu’à ce que celle-ci grandisse, fasse grandir celle des autres qui seront inspirés par vos résultats et qu’ensemble, vous fassiez grandir vos zones d’influence pour recouvrir vos zones de préoccupation qui disparaîtront rapidement comme les vampires se transforment en poussière quand ils sont soumis à la lumière.  

                              17e Concept      PRENDRE UNE ASSURANCE ANTI-EFFONDREMENT

En ce qui concerne donc le risque d’effondrements (j’ai ajouté un « s », car je ne crois pas à un effondrement du corps social, mais à plusieurs, comme dans la décomposition d’un corps humain après la mort) de notre société et quoique ce risque soit de plus en plus proche de sa réalisation, je ne pense pas que quiconque soit capable d’en fixer la date.

Fermer les yeux sur ce processus de décomposition de notre corps social, ne changera rien au fait que notre société de production se décompose jour après jour non pas pour disparaître avec tous les vivants, mais bien pour se recomposer en une nouvelle civilisation de l’émancipation.

Quand vous achetez une maison et que vous savez que cette maison à un risque de brûler, vous ne vivez pas comme si la maison allait brûler non ?

Vous prenez une assurance incendie et vous faites en sorte de baisser les risques que cette maison brûle. Et bien c’est pareil pour notre société.

Nous devons prendre une assurance contre le risque d’effondrements, mais ne pas vivre comme si tout allait s’effondrer.

Nous nous organisons pour faire baisser ce risque tant que cela est possible et en même temps nous mettons en place des moyens matériels et immatériels qui pourront être activés au cas où le risque d’effondrements se réalise.

Alors concrètement cela veut dire quoi ? Eh bien cela veut dire que nous devrions progressivement trouver dans notre environnement immédiat tout ce qui est nécessaire à nos vies du matin jusqu’au soir : une alimentation saine et locale, de l’énergie renouvelable, de l’eau potable, de quoi recycler nos déchets, une maison ou un appartement écoconstruits, de quoi nous déplacer de façon douce et partagée.

Au minimum, je dois dépenser au moins 15% de mes revenus en MCL, investir 15% de mon épargne dans des entreprises locales qui acceptent la MCL et dont le siège social se trouve dans un rayon de 30 km autour de moi ce qui revitalisera mon territoire de vie et renforcera autour de moi un robuste écosystème coopératif territorial source de revenus pour ses habitants et source de financement pour revitaliser d’autres territoires de vie.

Enfin je dois passer 15% de mon temps de travail (4 h par semaine) à développer tout un ensemble de services pour sensibiliser, informer, former, accompagner les habitants de mon territoire de vie à entrer en transition comme moi.

Ainsi changer de vie pour changer la Vie est à la portée de chacun. Cela peut devenir rapidement viral et transformer toute notre société définitivement. 

                             18e Concept      RETROUVER L’OR DE NOS CAMPAGNES

Plus vous êtes éloigné des ressources nécessaires à votre vie, plus le risque d’effondrements peut vous affecter. Plus il y a d’intermédiaires entre ces ressources vitales pour vous, plus la défaillance de l’un d’entre eux pourra vous pénaliser. Moins vous pouvez influencer ceux qui produisent les ressources dont vous avez besoin pour vivre et plus vous dépendez de leur bon vouloir pour vivre et, en cas d’effondrements, vous ne serez pas sûr de faire partie de ceux qui seront approvisionnés en priorité.

De ces trois principes, vous comprendrez que vivre dans une grande ville anonyme, en dehors de tout écosystème coopératif territorial, aggrave votre risque de dépendance en cas d’effondrements. L’intrication des acteurs, le coût de l’immobilier, les pressions économiques, sociales et écologiques seront aussi un vrai problème si vous voulez y développer un écosystème coopératif territorial avec toutes les parties prenantes, qui chacune d’elles, auront des enjeux à la fois contradictoires et puissants.

Si vous le pouvez, éloignez-vous des grandes villes, venez rejoindre les communes en zone de revitalisation rurale. C’est vrai qu’au début cela sera plus difficile pour vous, mais sachez qu’ici, dans près de 14 000 communes en France (plus d’une sur trois quand même) vous trouverez tout ce dont vous avez besoin pour changer de vie ET changer la vie.

Bien sûr au début cela pourra vous sembler plus difficile que vivre en ville. Ce le sera si vous essayez d’agir seul sans vous associer avec toutes les parties prenantes de votre territoire de vie. Si vous voulez créer juste un écolieu, déconnecté des habitants qui habitent votre territoire, en opposition avec les élus locaux, sans développer de revenus pour vos habitants-volontaires, c’est sûr que cela vous paraîtra difficile.

Tout l’enjeu d’un Écosystème Coopératif Territorial c’est ne pas reproduire le « chacun pour soi ». Ainsi, si vous vous installez en milieu rural, informez-vous sur votre territoire de vie où se trouve ce superbe terrain enchanté !

Qui sont ses habitants ? Que pensent-ils de votre projet ? Comment pouvez-vous collaborer avec eux ? Qui sont les entreprises locales, qui sont les producteurs locaux ? Qui sont les élus locaux ? Comment contribuer à leurs enjeux ? Comment eux peuvent-ils coopérer aux vôtres ?

Si vous voulez changer de vie pour changer la vie, posez-vous toutes ces questions AVANT d’acheter le terrain. Le terrain compte bien sûr, mais il n’est qu’une des composantes d’un écolieu qui veut être source de revenus pour ses habitants, ses entreprises et ses collectivités territoriales. Sachez retrouver l’or de nos campagnes…

                              19e Concept      GLOCALISER VOS ACTIONS ET VOS PARTENARIATS

Nous ne nous en sortirons pas tout seuls. Si vous croyez qu’avec seulement un terrain et une grelinette vous allez changer de vie et changer la Vie, vous allez beaucoup souffrir.

Avec 8 ans de recul dans la création d’un écolieu, après plus de 12 000 km à la rencontre de centaines de citoyens en transition, la visite de plus de soixante écolieux, j’ai compris que cela allait être plus compliqué.

Si votre objectif est de faire sécession avec la société, trouver un coin tranquille à l’abri de la folie de notre civilisation lancée à grande vitesse sur le mur de la consumérisation, vous n’aurez pas besoin de ce petit guide.

Je souhaite que vous puissiez trouver un beau terrain inspirant et y créer la belle communauté de vie et de travail à laquelle je vous sens attaché. Et tant mieux !

Mais si votre projet est de créer ou rejoindre un écolieu source de revenus d’autonomie pour ses habitants, ses entreprises et ses collectivités territoriales, alors il va vous falloir bien plus qu’un terrain, des habitations, une salle de formation, des gîtes et des grelinettes ! Il va vous falloir GLOCALISER toutes vos actions.

Mais qu’est-ce donc que ce néologisme ? il m’a été transmis par un ami espagnol. Cela veut dire qu’une action GLOCALE est une action qui se fait au niveau local, mais qui, si elle est reprise par d’autres suffisamment de fois, peut changer toute la société au niveau global.

Donc, quelles que soient les raisons pour lesquelles vous vous lancez dans l’aventure de rejoindre ou créer un écolieu source de revenus d’autonomie pour ses habitants, vous vous devrez de passer au crible de la GLOCALISATION vos actions et en particulier de veiller à  :

                              20e Concept      CHOISIR LA SIMPLEXITÉ A LA SIMPLICITÉ

Si faire fonctionner un Écosystème Coopératif Territorial doit être simple, le créer ou le développer est plus complexe. Dans cette période troublée et incertaine, la peur nous fait régresser trop souvent dans le tréfonds de notre cerveau reptilien. C’est le plus ancien de nos trois cerveaux. Il ne connaît face au stress que trois alternatives : fuir ou attaquer la source de son stress. S’il ne croit pas à ces alternatives, se préparer à mourir dans un état de sidération c’est-à-dire dans l’incapacité totale d’agir.

L’évolution nous a mis entre les oreilles, deux autres cerveaux ; le cerveau limbique en charge de notre mémoire et de nos émotions et le dernier le cortex en charge de ce qui est rationnel. Si le cerveau reptilien est là pour nous informer d’un danger de mort, notre mémoire, nos émotions et la capacité plastique de notre cortex nous donnent à imaginer bien d’autres alternatives.

Bien sûr, face à la peur, les vendeurs de « simplismes » auront tôt fait de vous vendre la simplicité comme solution à tous vos problèmes. Mais c’est une illusion qui ne résiste pas à un minimum de prise de recul. Pour dire le mot « simple », vous avez besoin d’un organisme complexe.

Lui-même est baigné dans un écosystème coopératif naturel composé de millions d’espèces vivantes, lui-même baigné dans un écosystème coopératif universel où chaque constante, chaque paramètre peut jouer sur l’émergence ou la disparition de la vie si dire le mot « simple » peut vous paraître simple, ce qui vous permet de dire le mot « simple » est complexe. C’est pour cela que je choisis la simplexité à la simplicité.

La simplexité est une façon de définir quelque chose qui dans son expression est simple, mais qui dans ses causalités est complexe.

Ma mère de 83 ans conduit une voiture avec simplicité. Ce qui lui permet de le faire pourtant est complexe : la voiture bien sûr, les infrastructures matérielles autour de cette voiture, mais aussi les ressources immatérielles comme la confiance, la coopération, la pertinence, la santé, sont indispensables…

Un autre exemple. Un adolescent de 16 ans peut conduire un avion simplement. Mais ce qu’il faut pour qu’il puisse le piloter est tout simplement énorme ! Comme les voitures, les avions, les 1ers écosystèmes coopératifs territoriaux pour être mis au point vont demander des compétences, des connaissances, des attitudes pointues. Ne vous laissez pas effrayer par cette complexité. Partager là avec d’autres pionniers qui suivent la même direction que vous.

Soyez certains qu’un jour, une fois cette mise au point terminée, la grande majorité des citoyens pourront piloter un écosystème coopératif territorial et revitaliseront le monde en toute « simplexité » !